Cirkus Cirkör, mauvais cirque ?

Hier soir, en  regardant mes stats pour voir par oü mes gens arrivent (mots clés, google, FB etc…) quelqu’un (e ?) est arrivé sur le blog en tapant « Cirkus Cirkör mauvais cirque« . Si cette  personne me lit, j’aimerais bien dialoguer avec.

C’est clair, le nouveau cirque ne fait pas l’unanimité et ne le fera jamais. Ce n’est pas le but. Beaucoup de gens ont de la difficulté à adhérer à cette forme d’art. Il y a d’un côté le poids de la tradition, et de l’autre des spectacles pas toujours facile à faire embarquer le spectateur. Mais je peux comprendre cette personne, Wear It Like a Crown a des petites  faiblesses. Vraiment pas nombreuses, mais elles cassent le rythme de tout ce qui est bon dedans. C’est un spectacle « Tim Burtonien » comme le dit si bien cette excellente critique (comme quoi…), un univers en contraste qui tend vers le sombre avec une touche gothique à l’image de la Scandinavie.

Il en reste pas moins, qu’à la fin de chacune des 6 représentations à La Filature de Mulhouse, le public était enchanté et faisait revenir les artistes sur scène 3 à 4 fois.

Le public français est un public exigeant et c’est tant mieux. L’art d’être spectateurs y est cultivé dès le plus jeune âge et  nous sommes ici aussi dans le pays qui a inventé le nouveau cirque au début des années ’80 avec des Archaos et Cirque Plume. Je suis convaincu que de nombreuses compagnies étrangères dont le Cirque Éloize ont été confrontés et améliorés leur manière de créer des spectacles (les québécois ont quand même un peu de difficulté à l’admettre). C’est moins le cas de Cirkör qui fait carrière depuis 16 ans principalement en Scandinavie et venir en France ne pourra qu’être bénéfique pour la compagnie.C’est tout de même une excellente proposition à des lieux de ce qui se fait ailleurs

Le nouveau cirque ne doit pas aller dans la complaisance, car c’est un lieu de recherche, comme il ne doit pas oublier qu’il joue devant un public comme l’ont trop souvent oublié certains chorégraphes de danse contemporaine. Le cirque doit rester fédérateur, son langage est avant tout acrobatique et clownesque.

Inconditionnel, engagé, humaniste fêtard ou absent ?

Je vais commencer à commenter une étude du  Ministère de la culture et des communications du Québec qui date de 2004 (la prochaine sortira en 2009). Comme elle est très dense et regorge d’information, je vais commencer par son côté le plus amusant, soit la typologie du spectateur québécois mais nos amis francophone hors-Québec (France incluse) pourront s’y retrouver surement du moins un peu:

L’inconditionnel

Le consommateur culturel du premier type, que nous appelons l’« inconditionnel », assiste à beaucoup de spectacles, qu’ils soient de forme classique ou moderne. L’inconditionnel apprécie notamment les concerts de toutes sortes et il ne manque aucun festival. Il fréquente les bars-spectacles et le cinéma. C’est de loin celui qui a la vie culturelle la plus intense. Ce type est peu important du point de vue du nombre, soit 7,4 % de la population québécoise. L’inconditionnel est relativement jeune et plus scolarisé que la moyenne. Les hommes se retrouvent un peu plus souvent dans ce type que les femmes, de même que les personnes qui sont sur le marché du travail ou qui poursuivent des études. 

L’engagé

Le deuxième type de consommateur, l’« engagé », se caractérise par son engagement culturel et social. C’est un organisateur d’activités culturelles dans son milieu, il s’adonne à la pratique d’activités en amateur, il suit des cours d’art, il fait partie d’associations culturelles et il donne de son temps comme bénévole à des organismes culturels. L’engagé est une personne-ressource précieuse en milieu municipal en raison de son dynamisme et de sa capacité mobilisatrice. Ce type a un niveau d’activité culturelle de beaucoup supérieur à la moyenne sans égaler toutefois celui de l’inconditionnel. Environ 9 % de la population est de ce type, qui compte plus de femmes que d’hommes. L’engagé est jeune et scolarisé. La majorité des personnes relevant de ce type sont sur le marché du travail, tandis qu’un bon nombre d’engagés sont aux études.

L’humaniste

L’« humaniste » est ainsi nommé en raison de son penchant prononcé pour des pratiques plutôt classiques. Il fréquente les établissements du patrimoine comme les musées d’art, les autres musées ainsi que les sites et monuments. Son goût pour l’art le porte à l’achat d’œuvres d’art. L’humaniste ne court pas les spectacles autant que l’inconditionnel et il demeure conservateur en cette matière : théâtre, concert classique, opéra, opérette et comédie musicale. Il aime également la lecture et il fréquente assidûment les établissements du livre, la librairie en particulier. On trouve une plus grande proportion de femmes parmi ce type de consommateur. L’humaniste est plus âgé et plus instruit que la moyenne, atteignant la cinquantaine et ayant souvent fait des études universitaires. Plusieurs des personnes qui font partie de ce type sont retraitées. Signalons qu’il y a peu de jeunes et d’étudiants. On peut ranger près de 20 % des Québécois sous ce type. 

Le fêtard

D’autres personnes ont une approche de la culture différente des trois types que nous venons de voir. Elle est, pour ces personnes, une occasion de divertissement. Celui que nous qualifions de « fêtard » préfère les activités culturelles qui vont le divertir ou qui présentent des occasions de socialiser. Il aime sortir au cinéma et visionner des vidéocassettes. Il fréquente les bars-spectacles et les discothèques. Le fêtard est amateur de musique et il court les festivals. Son niveau d’activités culturelles n’excède cependant pas la moyenne. Il se recrute surtout chez les hommes et il est le plus jeune de tous les types de consommateurs. Le fêtard est le plus souvent actif sur le marché du travail lorsqu’il n’est pas encore aux études. On note une proportion élevée de fêtards, soit près du tiers de la population québécoise. 

L’absent

Le dernier type de consommateur se caractérise par son faible niveau d’intérêt pour la culture. C’est pour cette raison que nous l’avons appelé l’« absent ». Son niveau d’activités se situe à l’opposé de l’inconditionnel. L’absent sort peu et lit peu. Son univers culturel est limité. C’est toutefois un auditeur plus assidu de la télévision et de la radio que les autres. Il est le plus âgé de tous les types de consommateurs, dépassant de quelques années la cinquantaine. On y dénombre autant d’hommes que de femmes. L’absent a rarement fait des études postsecondaires. Une bonne proportion des personnes de ce type ont quitté le marché du travail et sont à la retraite. L’effectif de ce type est aussi nombreux que celui du fêtard, un Québécois sur trois pouvant être qualifié d’absent de la vie culturelle.

Avec un bruit constant et assourdissant d’offres, pourquoi s’efforcer à convaincre tout ce beau monde à assister à un spectacle des arts de la scène (théâtre, danse, cirque contemporain, chanson) quand on sait que l’on doit s’addresser qu’au trois premières catégories pour rejoindre le public qui a le plus de chance de se procurer un billet. Trop d’argent et d’énergie sont mis pour rejoindre une clientèle qui n’est pas intéressée. Recherche, segmentation et ciblage sont les mots clés.

Soignez-vous votre relation avec votre public ?

Un article a attiré mon attention cette fin de semaine, le sujet était les lettres que les artistes recoivent de leurs fans et c’est assez édifiant.

Le journaliste du Journal de Montreal, Philippe Meilleur, a créé un personnage fictif (Mathieu Elluard, 13 ans) et a envoyé 22 lettres à des artistes (chanteurs québécois en l’occurence) pour voir qui allait répondre et quel serait le délai de réponse. Comme il le dit si bien, « qui n’a jamais envoyé une missive un  jour ou l’autre à son artiste favori dans l’espoir de recevoir  une photo, une signature…. »

Le résultant est stupéfiant: 

4 artistes ont répondus dans une période entre 1 semaine à deux semaines ( Mes Aieux, Les Cowboys Fringuant, Isabelle Boulay et Gregory Charles qui a écrit lui-même la réponse). On reconnait que ce type d’artiste effectivement a un grand respect pour son public.

18 n’ont pas répondu, dont des noms qui pourraient surprendre.

Il est très vrai que c’est beaucoup de travail que de répondre à toutes les lettres que l’on reçoit sans compter que l’on peut être en création ou en tournée. Mais, le lien avec le public hors de la scène est primordiale. Le metier que ces gens ont choisi est un metier de relation et de générosité. Ce public qui nous écrit sont nos meilleurs ambassadeurs et convaincront surement quelques septiques autour d’eux à s’intéresser à l’artiste.

Le capital sympathie est le meilleur marketing car il fonctionne autour de la relation, et c’est une relation émotive que cherche le public, c’est la principale raison pourquoi il aime un artiste et va voir le spectacle. 

Un « test drive » du spectacle !

Je me suis trouvé un nouveau ‘marketing guru’, l’anglais Andrew MacIntyre de Lateral Thinkers, une agence londonienne spécialisée dans le marketing des arts de la scène. Dans une conférence qu’il a donné en Australie l’an dernier, il pointe du doigt sur le fait que les théâtres et les organisations, orientent trop leur tir de communication vers les spectateurs qu’ils ont déjà plutôt que d’aller en chercher de nouveaux. Selon lui, un investissement peu coûteux et très efficace est d’inviter les spectacteurs potentiels à faire un essai-test du style ‘test drive’ d’une auto. Beaucoup de gens pensent fréquenter les arts de la scène mais pour de multiples raisons, principalement due à une inquiétude qu’ils vont peut-être s’ennuyer. La solution selon McIntyre est des les inviter pour un essai gratuit d’une soirée, pour la même raison que l’on essaie une voiture ou des chaussures avant de les acheter. Lors de ce type d’activité, 90% des gens ont accepté l’invitation et sont revenus. Le Royal Liverpool Philarmonic Orchestra a augmenté de 44% ses abonnements de saison. Les clés du succès sont:

 1)Les inviter à un spectacle accessible et non une oeuvre difficile. Faire un choix de 2 spectacles idéalement. Les contacter 3 à 5 semaines avant l’événement. Mettre une date limite à l’offre. Faire un bon suivi par courriel et téléphone.

b) Fournir tout ce qu’il faut pour que l’information soit facile. Emplacement, stationnement, ou manger, pourquoi il faut éteindre son téléphone avant etc…

c) Leur donner les meilleures places, pas au dernier balcon

c) Faire un sondage après à la sortie pour savoir ce qui leur a plu et  pas plu

d) Et très important, faire un suivi et leur offrir un réduction sur l’abonnement pour la 1iere année 

Voici quelques petits trucs:

Be time-savvy: drop non-responsive participants after two attempts to engage them, get test drivers to update their contact details before mailouts and use e-tools to increase efficiency.

• Be flexible: it’s important to reduce barriers (e.g. no booking fees, a choice of shows and dates).

• Market your scheme to sectors that you don’t already market to because you are much more likely to reach non-attenders.

• Don’t overload people with information: keep it simple, succinct and user-friendly.

• Don’t give away seats you can sell.

• Get buy-in from the whole organisation by talking to them about Test Drive the Arts, asking them for their support and knowledge, and sharing your findings with them.

• Be patient: make a long-term commitment to using the scheme in your marketing mix and don’t expect to see immediate returns. It could take between three to five years before you get the results you’re really looking for.

• Use phone calls as a way to communicate: it provides a personal touch and helps you learn more about your Test Drive audience.

• Factor Test Drive the Arts into the year’s artistic programme so you can offer test drivers appropriate and appealing events at each stage.

• Build a steady, modest scheme that’s manageable. But keep doing it, and keep refining and looking at ways to improve it.

• Remember that the bigger your initial group, the better the overall results. It’s like sifting sand for a few nuggets of gold. Once fixed costs are taken into .

Les stratégies de développement de public sont nombreuse mais celle-çi, j’admet qu’elle est très créative et surtout pro-active. Elle demande un investissement en temps et un peu d’argent mais ça rapporte. Il faut arrêter de se fier au techniques de mise en marché traditionnelles pour augmenter sa clientèle. Les pubs dans les journaux, la tournée de promotion habituelle, l’envoi de programme par la poste ne rejoignent que ceux qui sont captifs et ne convainc pas de nouveaux spectateurs. Pensez à tout l’argent qui est perdu à cause de sièges vides. 

 

Spectacle vivant et marketing sont-ils compatibles ?

Dans l’ensemble de la communauté artistique, le mot marketing est interprété comme une réponse à une demande du consommateur. Si on vend des autos ou des pizza congelées, c’est vrai. Comme une création artistique est le fruit d’une réflexion ou l’expression d’un imaginaire, on en conclut habituellement que l’offre prime sur la demande.

Le secteur des arts de la scène est complétement différent et unique en son genre en ce qui concerne sa mise en marché. Il est vrai que l’oeuvre (le produit, oui oui !) est bel et bien une expression artistique qui ne répond pas à une demande mais qui doit, tout de même, trouver son public, se positionner, comprendre les attentes de ce public pour bien communiquer son histoire et surtout comprendre comment ce public s’informe et fait ses choix.

Dans l’extraordinaire étude de la Revue francaise de gestion sur le marketing du spectacle, les auteurs mettent en relief les modèles explicatifs de la prise de décision. La principale raison de la fréquentation du spectacle est d’éprouver des émotions et la conformité au groupe de référence (Seth Godin appelle cela du ‘Tribal Management’ !)

 Le marketing du spectacle vivant n’est pas plus spécifique que n’importe quelle application du marketing aux produits ou services. Mais la reconnaissance du caractère souvent contradictoire des objectifs des acteurs et de la diversité des attentes du public, encourage à compléter l’analyse du marché traditionnellement centrée sur la prise de décision de fréquentation, par une analyse de la « consommation » de spectacle vivant à travers le concept prometteur de valeur de l’expérience de consommation.

Oui, le spectacle vivant mérite un bon marketing car les créateurs méritent un public. 

Le public est-il ou vous pensiez ?

Vous pensiez qu’assistez à des spectacles de ballet ou de musique classique était réservé à une certaine élite ? Et bien détrompez-vous, une étude canadienne de Hill Strategies nous annonce le contraire, les arts ne sont plus élitistes. Tout d’abord, il y a ceux qui fréquentent les spectacles et ceux qui ne les fréquentent pas du tout.

 Ce qui est particulièrement intéressant selon Kelly Hill est que le public ne fait plus la distinction entre arts dits élitistes et autres formes de spectacle. Le public peut passer un soirée à l’OSM un soir et au cirque le mois suivant.

Quant aux arts de la scène, 41,2 % de la population de 15 ans et plus (10,8 millions de Canadiens) a assisté à un concert ou à un spectacle donné par des artistes professionnels de musique, de danse, de théâtre ou d’opéra (excluant les festivals culturels) en 2005. Ce pourcentage est très semblable au taux d’assistance aux arts de la scène en 1992 (42,4 %), et est une nette augmentation par rapport au taux de 1998 (37,6 %).

Contrairement aux craintes d’un déclin général du public pour la musique classique, le pourcentage de la population qui a assisté à un concert de musique classique a légèrement augmenté entre 1992 et 2005.

Aussi, il ressort, selon cette étude que le public qui fréquente les arts de la scène sont des lecteurs à 78% ! Cela m’amène la réflexion suivante: pourquoi s’obstiner à faire de la publicité dans les médias de masse alors  que l’on pourrait beaucoup mieux rejoindre notre public en publicisant dans les programmes de compagnies d’opéra, de ballet et de musique classique.Dans un monde ou tout le monde crie pour un peu d’attention, adressez-vous à votre public ou il se trouve et cela n’est pas nécessairement ou vous auriez pensé.