Karkwa et Coca (Cola)

Cette semaine a été marquée par un débat intéressant sur Facebook soulevé par le choix du groupe rock québécois Karkwa d’accepter de vendre la chanson Pyromane (une de leur plus belle chanson) pour une pub de la compagnie Coca- Cola. Le groupe justifie cette décision faite à l’unanimité par les membres du groupe pour des raisons économiques sans toutefois endosser les « allers et venues » comme ils disent de la célèbre compagnie. L’histoire a le mérite de poser certaines questions.

Pour ma part, et la minorité qui s’est exprimé négativement dans Facebook, j’ai un malaise avec cette décision. Pour moi, Coke a une très forte connotation de l’impérialisme économique américain (vous savez, ce concept qui fait que les USA partent en guerre régulièrement pour « défendre les intérêts américains à l’étranger »). Il n’y a qu’à taper dans Google « coke contreversy » et les résultats parlent d’eux-même.  Dans le fond, tout ce qu’ils nous proposent, c’est une eau gazéifiée sucrée et caramélisée qui est plutôt mauvaise pour la santé.

De plus, nous vivons un mouvement intéressant où les jeunes du monde entier se lève pour « occupy-er » les devant des bourses mondiales » et signifier leurs ras-le-bol de cette course à la spéculation boursière frénétique.

Mon autre malaise ce situe du côté des pro-pub Coke. Le ton général est: « come on » les amis, faites du fric et profitez-en, vous le méritez bien. Dans ce cas, allons-y gaiement et allons chez les fils Khadafi, ils paient très bien il parait (n’est-ce pas Mme Furtado et Beyonce). Barrick Gold et Lehman Brothers ont surement aussi besoin d’entertainement. Non, désolé, je n’adhère pas à ça. En tant que producteur délégué qui a produit plus de 700 spectacles pour des gala d’entreprises j’aurais refusé des offres de l’Armée canadienne, de compagnies de cigarettes et d’armement et de compagnies qui ont une solide réputation de malhonnêteté ou qui ont du sang sur les main. Ce n’est pas le choix qui manque et j’ai pourtant vendu une quantité incroyable de ce type de spectacles.

D’autres me rétorquerons que si Karkwa avait refusé le deal, un autre l’aurais pris. Évidement qu’un autre l’aurais pris.

Oui, il n’est pas facile de bien vivre de son métier dans un band rock indie et OUI, ils méritent de bien gagner leur vie. On parle ici de jeunes qui ont fait des études de musiques à leur frais, payés des instruments qui coûtent cher, produisent des disques qui sont piratés et ont fait combien de tournées déficitaires et qui doivent renouveler le modèle d’affaire car celui utilisé depuis des décennies ne fonctionne plus !

Pourtant, il faut voir plus loin que cela je crois.

Karkwa a réalisé que ça musique plaisait aux publicistes et que surement d’autres compagnies seraient intéressés. Moby a vendu toutes les chansons de « Play » a des pubs. Au travail de l’éditeur d’en faire la promotion. En passant, un excellent article sur la vente de droits musicaux à la pub ici

Pour finir, je retiens aussi que Coke a une excellente image corporative. Ce n’est surement pas facile de dire non à ce type de proposition mais je doute que ça leur rapporte tant que ça. C’est une pub pour diffusion provinciale et mon ex qui achetait justement ce type de droit m’a parlé de montants entre 5-10 000 $. Rien pour s’énerver.

En conclusion, je fais part ici d’un malaise et je pense (du moins j’espère) que Karkwa a pesé sa décision avant d’aller de l’avant et leur  souhaite de pouvoir vendre des tonnes de chansons à des pubs à des clients… peut-être mieux choisis…

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6 réflexions au sujet de « Karkwa et Coca (Cola) »

  1. Le malaise que vous ressentez, j’espère que vous le ressentez aussi quand vous téléchargez illégalement de la musique, si tel est le cas, sinon bravo pour votre loyauté envers les artistes.

    Il faut également évaluer que ce n’est pas Karkwa qui est allé frapper à la porte de Coke mais l’inverse, ce n’est donc pas Karkwa qui a vendu sa musique mais Coke qui l’a acheté, nuance.

    Et rien que cela, ça en énerve plus d’un, à qui jamais, au grand jamais, Coke ne viendra faire ce genre de proposition. Alors fallait-il refuser ?

    Oui…Quand vous avez les moyens de le faire, quand tous les gens qui aiment et écoutent votre musique achètent encore les disques ou la musique en ligne, suffisamment pour gagner votre vie correctement sans devoir fournir votre musique pour accompagner une publicité.

    Si tous les fervents défenseurs et professeurs d’éthique et de déontologie, ainsi que les professionnels ou amateurs de l’indignation, se mobilisaient pour financer, à coup d’achat direct aux musiciens, leurs oeuvres et leurs activités, ils prendraient la place que tiennent les compagnies manufacturières dans le financement et le sponsoring de la musique.

    Un proverbe dit: « il n’y a de fromage gratuit que dans les pièges à rats ». En organisant la gratuité de la musique, on envoie les artistes dans les pièges à rats de l’industrie.

    Chaque pirate de musique est collectivement responsable de la situation, c’est comme s’il faisait un chèque en blanc à Coke, c’est comme s’il lui donnait le pouvoir d’acheter et de choisir sa musique à sa place.

    Si ne voulez pas que Coke ait le pouvoir d’acheter la musique de Karkwa, prenez le pouvoir et vos responsabilités en l’achetant à sa place.

  2. Cher KK,
    je n’ai jamais téléchargé de musique ailleurs que sur Itunes (qui abuse quand même un peu de leur monopole en retenant 30% de la vente). J’ai acheté 3 albums de Karkwa et je pense que le type de public du band a ce type d’éthique plus que d’autres bands. J’ai même payé 18$ l’achat du disque que Radiohead avait offert de payer ou non. J’ai bien trop de respect pour le travail des artistes pour cela et je fais aussi partie de la génération qui cherche encore les magasins de disques ! Les acrobates avec qui je travaille (je ne suis plus dans la musique) savent que s’ils sont dans la dèche, ils peuvent m’appeler et dans les 48h je leur ai trouvé un contrat qui leur permettra de payer le loyer et je le fait même quand ils ne m’appellent pas et que j’apprends par un de leur copain comme quoi ça va pas fort. Je leur doit bien ça car après 22 ans dans le métier je gagne très bien ma vie grâce à eux.

    Le problème de la gratuité musicale a été créé, sans qu’ils s’en rendent compte, pas l’industrie musicale. Ils n’ont pas vu venir le tournant et ce sont concentrés à préserver leurs acquis plutôt que suivre le courant et rendre l’achat de la musique facile pour un ado de 14 ans qui n’a pas de carte de crédit et qui n’ose pas la demander à ses parents. Ils n’avaient qu’à trouver un moyen pour rendre l’achat simple.

    Pour en revenir à Karkwa, je doute qu’ils soient si pauvre connaissant l’économie du business. Je vois l’ensemble des projets de tournées, de collaboration et surement aussi de ventes de disques car ils en vendent.

    Fallait-il refuser ? Peut-être que non. Mais être surpris de la réaction négative de nombreux fans, c’est sous-estimer leur intelligence et leur conscience sociale.

  3. Cher VM,

    Je me doutais bien que vous achetiez votre musique 🙂 l’invective avait donc un caractère plus général et loin de moi la volonté de défendre l’industrie musicale, maintenant du passé, mais la vonté de défendre les producteurs, les « fabricants » de musique pour qu’ils puissent en vivre décemment.

    Je peux vous confirmer que les membres de Karkwa ne roulent pas sur l’or, sans être dans le dénuement d’artistes plus « marginaux », il ont un train de vie tout ce qu’il y a des plus modestes, pas plus qu’un modeste employé de bureau, oserais-dire, et par exemple ils prennent la classe économique d’Air Transat quand il rentre d’Europe comme aujourd’hui, pas la classe affaire d’Air Canada ;-).

    N’oubliez pas que les gains sont divisés par cinq dans le groupe, c’est autre chose par exemple que pour un artiste solo qui aurait le même succès. Mais là n’est pas la question, il est normal qu’ils gagnent leur vie à hauteur du succès qu’ils rencontrent.

    Sinon, non il ne faut pas être surpris des réactions de certains « fans » mais qui sont minoritaires, parce qu’on se trouve là devant des phénomènes classiques à la fois d’identification et d’appropriation des artistes. D’une part c’est un réflexe humain de mal voir, pour certains, ses « semblables » réussir un peu mieux que soi, il y un sentiment d’abandon qui naît, d’injustice même par rapport à une identification fantasmée d’une partie du public qui se sent propriétaire des artistes qu’il aime.

    Quant à la conscience sociale, elle est souvent à géométrie variable, en fonction des intérêts de chacun, j’aimerais qu’elle soit aussi accompagnée de plus de cohérence sociale de la part des plus critiques et il m’étonnerait fort que cette cohérence soit absolue, qu’ils s’interdisent de boire du Coke ou de se « compromettre » de quelque façon que ce soit à le système économique qu’ils dénoncent.

    A part quelques rares intégristes qui se mettent en dehors de la société, il y a des réalités économiques et sociales de la vie de tous les jours qui conduisent à consentir à travailler avec ou pour des compagnies ou des individus dont vous ne partagez ni les objectifs, ni les valeurs et votre retrait de la société ne changera en rien ce dont elle est fait et que vous reprouvez.

    L’intelligence que vous évoquez ne consiste pas à tout rejeter en bloc mais à composer avec la réalité du moment et si vous avez des convictions, à travailler à l’améliorer, à la faire évoluer dans le sens qui vous semble le plus juste. Le courage réside aussi là, plus que dans la critique stérile. On sait ou mènent les dogmatismes et le plus mauvais service que l’on puisse rendre à une cause, aussi juste soit-elle, c’est de la laisser aux mains de ses extrémistes, de ses intégristes.

    Protester c’est bien, s’indigner c’est nécessaire mais ce n’est pas suffisant, il faut agir et créer les conditions qui permettent d’éviter les situations que l’on dénonce. C’est certes un chemin plus long et plus difficile que la protestation de principe sur des bases idéologiques souvent mal définies.

    C’est cela qu’il faut comprendre de ma part quand je dis « Si ne voulez pas que Coke ait le pouvoir d’acheter la musique de Karkwa, prenez le pouvoir et vos responsabilités en l’achetant à sa place ».

    Mais cela nécessite de mettre les mains dans le cambouis par seulement à protester sur son sofa depuis son Iphone entre deux morceaux écouté sur Itunes, via un réseau Bell, Telus ou autre, en mangeant un Macdo avec des Nike aux pieds, etc. avec autant de compagnies qui sont loin de respecter tous les critères de vertus qui voudraient qu’on ne les utilisent pas dans le cas contraire. Je ne dis pas que c’est ce que vous faites mais c’est fort probablement le cas de la plupart des « fans », souvent artistes eux-même d’ailleurs, qui ont râler sur le net.

    Karkwa et un groupe musical qui n’a jamais été et n’a pas vocation, je pense, il faudra leur demander, à être le porte drapeau de causes radicales. Comme tout un chacun, il peut être porteur et émetteur de critiques sociales qui peuvent éventuellement faire évoluer la société réelle mais pas une société fantasmée ou l’on mènerait en permanence des combats manichéens du bien contre le mal et où bien entendu l’on serait toujours du côté du bien, forcement.

    Je vais peut-être vous décevoir mais les gars de Karkwa sont des gens terriblement simples et normaux, magnifiquement simples et normaux, dirai-je même, c’est aussi cela qui les rend populaires et ils sont soumis aux mêmes contraintes économiques que monsieur et madame tout le monde. A l’exception qu’ils ont le talent musical qu’on leur connait et ils l’exercent comme d’autres ont d’autres talents professionnels ou artistiques qu’ils tentent d’exercer avec les contraintes que l’on sait.

    Bien sûr, tout cela ne va pas dans le sens de l’imaginaire communément partagé de l’artiste maudit et déjanté qui devrait croupir dans la misère de son art incompris. Ça c’est fait pour rassurer et flatter à la fois les gens ordinaires qui ont des vies très ordinaires et d’autre part d’autres qui se veulent artistes mais sans grand talent particulier ou dont le talent peine à être reconnu et pour qui la réussite de confrères est perçue parfois à la fois comme une insulte et une trahison, puisque désormais ils ne partagent plus totalement leurs galères.

    Donc c’est un mauvais procès qui est fait à Karkwa par quelques puristes de principe qui ont souvent fait de leurs difficultés personnelles, la justification de leur identité contre « le système ».

    • Très belle réponse éloquente. Je vous soupçonne d’être plus proche de Karkwa que vous vous bien le laisser paraître.

      Une nuance par contre; les fans en général, s’identifient à l’artiste, quelques névrosés s’en approprient.

      Dans le fond, je leur reproche qu’une petite chose, d’avoir sous-estimé l’impact de cette association. Elle aurait pu être mieux gérée dès le début et il a plutôt fallu faire un « crisis management » un peu maladroit.

      D’un autre côté, on ne peut pas plaire à tout le monde.

  4. Vous ne vous trompez pas beaucoup 😉 et oui ils n’ont pas évalué l’impact de cette nécessaire décision pour pouvoir envisager leur avenir proche un peu plus sereinement, ils ont sans doute été les premiers surpris de l’ampleur des réactions, probablement parce qu’ils n’étaient pas conscients du symbole qu’eux-mêmes incarnaient pour une partie du public.

    Permettre l’utilisation d’un de leur titre pour illustrer une publicité, c’était la continuation logique de leur honnête travail de musicien, une forme de reconnaissance aussi sans doute par cette demande pour une aussi grosse compagnie, alors que depuis une dizaine années ils ont galéré sur toutes les routes du Québec, mais ce n’était certainement pas dans l’idée d’adhérer à toutes les « valeurs » de Coke.

    Viendrait-il à l’idée de la plupart de reprocher à un peintre de vendre un de ses tableaux pour le hall d’une puissante compagnie ? reproche-t-on aux comédiens de faire les voix-off des publicités ? ils ont sans doute faite preuve d’une certaine naïveté, et tant mieux, face aux perversions du tumulte médiatique, cela rejoint leur façon d’être, simple et directe, en dehors de tout calcul machiavélique, qui lui est rarement maladroit, autour d’une promotion qui aurait pu être orchestrée.

    Cette décision fut donc purement alimentaire, on peut leur reprocher cela, mais certainement pas de cautionner la politique de Coke aux quatre coins de la planète, seule la malhonnêteté intellectuelle d’aigris ou d’envieux peut se le permettre et c’est bien là le mauvais procès que l’on a tenté de leur faire. L’ironie du sort sera sans doute que ce brouhaha leur sera involontairement bénéfique au grand dam des postures de quelques idéologues réfractaires.

    Et oui on ne peux pas plaire à tout le monde mais ils plaisent à beaucoup, c’est là l’essentiel 🙂

    • J’espère que nous aurons d’autres conversations intéressantes sur aussi d’autres sujets aussi. J’en profite pour en rajouter un petit point, ayant été dans la musique québécoise (j’ai lancé, entre autres, la carrière spectacle des Colocs), j’avais pensé me proposer pour leur management car je me souviens avoir vu Louis-Jean à Petite-Vallée il y a de nombreuses années et il m’avait fortement impressionné. Encore plus quand ils ont déboulés avec Karkwa que je considère comme le groupe le plus intéressant de la scène musicale francophone. J’ai été content que Sandy le devienne, que je ne connais que par son festival. Il y a tellement de pseudo-managers et il mène la barque efficacement. J’ai préféré me concentrer sur le domaine du cirque contemporain ayant quitté la musique il y a 14 ans. Au plaisir de te lire encore.

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