Nous posons-nous la bonne question ?

Francois Colbert, Professeur titulaire à la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux de HEC-Montréal, amène dans une lettre au Devoir ce matin une perspective intéressante au débat sur les coupures. La question qu’il pose est: est-ce que les gouvernements dépensent trop ou pas assez pour la culture. Les chiffres font tourner la tête car il en arrive à un total approximatif de 10 milliard sur les trois paliers de gouvernement (fédéral, provincial et municipal), ce qui n’est pas peu dire. Par contre, ce chiffre inclut les bibliothèques, les télévisions publiques etc…

La présente discussion (certains diront la levée de boucliers) sur le financement des arts, à la suite des coupes de 45 millions du gouvernement fédéral, se fait-elle vraiment à partir de la bonne question? Dans ce débat, il y a la question fondamentale et les questions subsidiaires. D’abord, les questions subsidiaires.

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Oui, ces argents peuvent être mieux répartis, des ministères ont-ils a financer des activités culturelles comme le ministère des affaires étrangères ? Je suis complètement d’accord avec lui que l’on ne fait pas de coupes sauvages à 6 mois d’avis. On consulte, on cherche des solutions et on donne le temps aux bénéficiaires de se retourner.

Prix d’un spectacle d’un pays à l’autre

Pendant un apéro hier soir avec des programmateurs de plusieurs pays, j’ai eu une conversation qui en disait long sur l’attitude des agents de tournées et leurs artistes. Ce programmateur british me parlait d’un artiste que j’ai déjà représenté qui offre un solo clownesque (3 personnes en tournée max). Le cachet demandé (3,000 pounds) pour l’Angleterre était le même que celui au Canada mais en « pounds » soit 2.5 fois la valeur canadienne (donc env. 7,000$ !!!!). D’abord, il ne faut pas prendre les programmateurs pour des imbéciles, ils savent compter, c’est d’ailleurs une très grosse partie de leur mandat. Ensuite, qu’est-ce qui justifie qu’un solo vaut un cachet aussi gros. La seule raison, et on parle de lois du marché et de circuit commercial (et ce n’est pas le cas ici) est la capacité au spectacle de vendre des billets et combien les gens sont prêts à payer pour le voir. Pour beaucoup cette loi du marché n’existe pas car elle n’a pas lieu dans les ‘arts de la scène’. À quoi se fier alors pour fixer le prix d’un spectacle ?

Généralement, la première chose à voir sont les coûts de production. Ensuite, les spectacles équivalents disponibles. Si vous avez déjà des contacts avec des programmateurs, c’est une bonne idée de voir avec eux ce qu’ils en pensent.

Prenez le temps de bien étudier cette question. Des compagnies dépensent des fortunes pour savoir à quel prix leur produit va se vendre le mieux. Vous n’avez pas à en faire autant, mais le prix demandé aura des répercussions certaines sur vos ventes. Et ne prenez surtout pas les programmateurs pour des dyslexiques du calcul, quand vous vendez à l’étranger, rien de plus facile que de voir sur internet votre prix dans votre taux de change.

Newsletters et marketing par courriel

J’ai parlé à deux reprises de newsletter ou bulletin d’information en bon français. C’est un outil de communication très efficace s’il est bien ciblé. L’utilisation d’un service d’envoi de courriel de grande quantité est un incontournable. La raison principale est que si vous envoyez 500 courriels via votre « outlook » ou autre, les chances qu’ils soient bloqués par un autre serveur est très élevé. Ils seront identifiés comme des spams

Après avoir fait quelques recherches, j’ai choisi le service de MEM à Montréal. Le service consiste en l’utilisation en licence de leur plateforme d’envoi via internet. Le coût est par mois est relativement bas (de 50$ à 250$ par mois selon le forfait). Mais avant tout, c’est l’ergonomie de la plateforme qui m’a convaincu. Elle est d’une grande simplicité et s’apprends rapidement. J’ai vu d’autres fournisseurs qui nous seulement étaient plus chers mais aussi plus complexe. Ces services étaient conçus pour de vrais campagnes marketing avec des « call-to-action » et des statistiques élaborées. Pour notre domaine, en général, nous avons besoin de savoir combien de courriels ont été ouverts, quels hyperliens ont-ils cliqués et qu’est-ce qui intéresse les lecteurs pour pouvoir continuer dans la même veine.

Le plus gros du travail sera de faire la liste des courriels selon le nombre de contacts que vous ou l’ensemble du bureau possède. J’ai mis 3 jours complets à monter une liste de 2500 contacts en partant de 5000 noms au total repartis sur 10 banque d’adresses. Doublons, adresse pas valides ou contact ayant changé d’adresse, c’était hallucinant. Pour finir, il est très utile de créer des catégories de liste (anglais – français etc..). Prévoir une bonne semaine de travail a temps plein pour passer à travers toutes les étapes. Une fois le tout bien intégré, vous pourrez consacrer pour chaque envoi que quelques heures.

Phoques ‘n tits

Ça s’appelle « culture en péril » sur youtube. Bravo !

Ce qui me touche , entre autre, dans ce vidéo est que sur les 3 personnes, 2 sont des comédiens (Brière et Rousseau) connus qui n’ont pas besoin de subventions et le font par solidarité pour la cause.

On fait flotter des bananes au-dessus du Texas !!!

Wow, je n’en reviens pas. Quand un quidam dit n’importe quoi dans une tribune téléphonique sur l’abus des subventions au arts, encore ça passe. Il ne sait surement pas ce que nous faisons à Paris, Londres ou Hong Kong. Mais quand une universitaire, chercheuse en science économiques pense que nous avons besoin des cet argent pour faire flotter des bananes volantes au-dessus du Texas, alors là je suis sur le c…

Voici un extrait de la chronique de Mme Nathalie Elgrably dans argent-Canoe.ca

Mais sont-ils en droit d’exiger que les contribuables financent leurs élans créateurs? Est-ce réellement aux travailleurs à débourser 147000 $ parce qu’un artiste a décider de faire voler une banane géante dans le ciel du Texas? Et à en juger par le projet «30 secondes contre Harper», leur liberté d’expression se porte manifestement très bien!

Nous sommes loin du fameux partenariat art-affaires !

Ce matin, n’en pouvant en lire plus, je lui ai écrit:

Madame Elgraby,

Je ne vous connaissait pas jusqu’à ce matin. Après la lecture de votre chronique « Réponse aux artistes » je vous connais un peu plus et je ne puis en dire que j’espère seulement que les autres sujets économiques auxquels vous vous attaquez sont plus nuancés et que vous faites une recherche approfondie en conséquence. Je constate que ce n’est pas le cas dans cette chronique et vous, comme de nombreux autres personnes , tombez dans la croyance populaire de l’artiste enfumé de substances illicites qui demande de l’argent au gouvernements pour réaliser ses visions irréalistes. De la part d’une personne qui semble être sérieuse et qui a une formation universitaire de haut niveau, il est tout au moins étonnant de constater autant de méconnaissance du milieu auquel vous vous attaquez. Je vous encourage à fréquenter assidument M. François Colbert des HEC et directeur de la chaire Gestion des arts de la même université. Je crois qu’il vous ouvrira les yeux sur qui et comment sont utilisés ces subsides.

D’ici là, je pense qu’il est important de vous nommer quelques bénéficiaires qui grâce à ces argents font rayonner le Canada et le Québec sur la scène internationale. Vous verrez rapidement que personne ne fait flotter de bananes au-dessus du Texas mais bien honneur à leur pays et que nos ambassadeurs sont fiers d’amener leur contacts politiques et d’affaires à nos représentations. Je nomme ici le Cirque Éloize (dont je fait partie) – 3 millions de spectateurs, 300 villes, 30 pays, Robert Lepage, Les Grands Ballets Canadiens, Le Royal Winnipeg Ballet, L’OSM ainsi qu’une quantité impressionnante de compagnie de théâtre-enfant jeunesse, de dans contemporaine de haut niveau comme LaLaLa Human Steps, O’Vertigo Danse.

Dois-je vous rappeler que nous vivons dans un pays de 30 millions d’habitants, marché plutôt limité. Qu’envoyer le cargo du Cirque Éloize par bateau à Sydney (Australie) coûte au bas mot 45,000$ aller-retour. Je n’ose même pas penser combien coûte l’envoi du cargo de l’OSM en Europe. Que développer un nouveau marché émergent comme l’Amérique du Sud coûte approx. 6,000$ à 10,000$ en frais de voyagement, de contacts, d’envois postaux etc…

Que les techniciens de tournée travaillent env. 60 à 70 heures par semaine sans compter le temps de transports entre chaque ville…

Mais pour finir, ce petit 10M qui en coupé en ce qui concerne mon domaine et qui risque de ne pas être remplacé représente quoi exactement sur un budget de 240 milliards ? Non , le contribuable n’a pas a s’en faire car les bananes ne flotteront pas au dessus du Texas. Par contre, quand une entreprise canadienne comme Domtar ou Quebecor ou l’Ambassadeur du Canada a réussi à solidifier ses contacts, c’est tout le Canada qui en profite.

Merci pour votre lecture et je vous encourage à venir voir Nebbia au TNM, vous constaterez que le génie m’est pas que dans les université.

Nebbia, un chef d’oeuvre ?

Si Nebbia n’est pas un chef d’oeuvre, c’est sûrement pas loin d’en être un. Mais ce n’est pas à moi de le dire, plutôt au public et un peu à la critique. Pour ma part, c’en est un ! Vous pouvez lire les critiques ici. Le Cirque Éloize et Teatro Sunilont accouché d’un spectacle riche en émotions, en subtilités et en couleurs en demi-tons. Je demandais dernièrement à Daniele Finzi Pasca, le metteur en scène de Nebbia, dans quelle mesure il considérait le public pendant la création. Il me répondit une phrase toute Daniel. Pour lui le spectacle doit plaire à 4 personnes, sa grand-mère, ses parents et son amoureuse Julie. S’il a touché ces quatre personnes, son but est atteint. J’ai dû être sa grand-mère dans une autre vie !

C’est triste mais c’est vrai…

Je m’étais dis que je devais parler un peu plus marketing du spectacle et un peu moins politique mais c’est plus fort que moi.

Marie-France Bazzo, journaliste à Télé-Québec et chroniqueuse au Journal de Montréal, a rédigé dans le Journal de Montréal de ce matin une analyse surement très proche de la réalité sur les réactions de Québécois sur les coupures. Voici un extrait:

Un matin, Stephen Harper empoigne sa scie à chaîne et raccourcit de 45 millions de dollars les programmes de subventions aux artistes canadiens. Dans les jours qui suivent, par dizaines, des artistes québécois s’organisent. Le grand Gilles Vigneault se déploie, Robert Lepage s’enflamme, Wajdi Mouawad sort ses tripes. Portée par l’appui inconditionnel des médias, la troupe indignée s’ébranle. On invoque l’identité bafouée, on évoque Hitler, on crie, on crée, on est des artistes ! Tout à coup, au milieu de la rue, le groupe s’immobilise et regarde derrière. Il n’y a personne…

Personne ? peut-être pas mais juste vraiment pas grand monde. Et Qqui sont ces artistes qui se lèvent: ceux qui ne tournent peu ou pas au Québec ou même au Canada (à part Toronto pour quelques chanceux) parce que le public québécois ne s’intéresse peu à ses grands créateurs et beaucoup plus à ses humoristes et varietoche. Parce que le réseau de salles québécois est juste suffisament subventionné pour oser une pièce de théâtre une fois par mois (et je suis généreux) ou une chorégraphie contemporaine une fois par année. Et pourtant, le Québec est surement l’endroit qui subventionne le plus la création et la diffusion en Amérique de Nord.  Le système ici est fait pour favoriser les spectacles « rentable » car la mairie est préoccupée plutôt par le déneigement, avec raison. Résultat, les québécois n’ont que faire de ces troupes de danse contemporaines, de théâtre contemporain, de spectacles enfant-jeunesse.

Qui connait Mouawad ou Lepage à Gaspé ou à  Amos ainsi que dans les nombreuses autres villes québécoise ? Très peu de gens. Encore heureux que le Moulin à Images de Lepage ai été un si gros succès à Québec cet été, cela va très certainement aider la cause des arts de la scène.

Et plus loin Bazzo dit:

Pis encore, se peut-il que le Québec aime les vedettes, les shows à succès, mais pas l’expérimentation et le travail de l’ombre ? Et que ça fasse longtemps que cette situation existe ?

Il est triste de voir à quel point le public en général n’a aucune idée de l’ampleur du travail qu’une compagnie de créationdoit réaliser. Je prends l’exemple du Cirque Éloize car c’est celui que je connais le mieux. Six mois de travail à temps plein pour une création (LaLaLa Human steps prends un an), une équipe au bureau pour qui 50 à 55 heures semaines est la norme (payé à 37.5 heures évidement), des techniciens de tournée qui cumulent facilement 60 à 70 heures/semaines sans compter les voyagements d’une ville à l’autre. Un dévouement de tous et chacun, des marges de crédit dans le rouge en permanence et des fournisseurs patients. On est loin de l’artiste enfumé qui crée en révassant de succès international et en remplissant des demandes de subventions pour un voyage avec sa blonde à Vienne…

Non, c’est un monde de passionné, de travaillants et je suis fier de me lever avec mes collègues pour arrêter cette chasse aux artistes. Parce qu’une ovation de 15 minutes dans une capitale européenne ou dans une ville du Mid-West américain c’est ça notre vrai salaire. Et c’est pas avec des pinottes qu’on y arrive.